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Anton

Anton, un autre sacré personnage du 40 rue Riquet, toujours un immense sourire aux lèvres, a été embauché il y a un an jour pour jour chez Emmaüs Défi. Anton n’est jamais le dernier quand il s’agit de taquiner, de lancer des piques politiques en partant dans un grand rire, considérant les valeurs de « Discipline, de Responsabilité, et d’assiduité comme primordiales », engageant volontiers des débats pour affirmer son opinion. Cette dernière s’est forgée lors de son long parcours, semé d’obstacles, avant d’arriver chez Emmaüs Défi.

Abandonné par ses parents dans un orphelinat à sa naissance en Bulgarie, Anton y est resté jusqu’à l’obtention de son Master 2 en Théologie à l’Université Orthodoxe de Sofia. Anton avait comme rêve de devenir prêtre, mais les prêtres orthodoxes doivent être mariés pour pouvoir entrer dans les ordres en Bulgarie. Problème, Anton est à moitié nigérien et à la sortie de ses études il était « pauvre (…) et une femme veut une sécurité : un homme qui a un appartement et un  travail, et je n’avais ni l’un, ni l’autre, et en plus je n’étais pas 100% bulgare ».

Anton part donc travailler dans une station essence aux USA, mais au bout des deux ans, son visa de travail expire. Anton rentre alors en Bulgarie mais se retrouvant « sans travail, sans parents, tout seul », il décide d’aller en Allemagne où il sera chauffeur privé pendant plusieurs mois.  A la fin de son contrat, Anton décide de tenter sa chance en France, nouveau problème : plus de passeport, le début d’un long calvaire.

Anton reste 5 ans dans le parc de la Doua à Villeurbanne, s’abritant lorsqu’il pleut sous le préau de l’Université Lyon 1, se rendant au resto du cœur situé à 30 minutes à pied pour manger : « je ne mendiais pas jusqu’à ma quatrième année de rue, puis j’ai épargné de l’argent pendant un an afin de payer mon passeport Bulgare, 65 euros ». Anton vient ensuite à Paris pour récupérer son passeport, six mois d’attentes, puis deux nouvelles années à la rue. C’est à l’occasion d’une maraude d’Emmaüs Saint Mandé, alors qu’il est dans une tente dans le bois de Vincennes, que Clémentine, travailleuse sociale d’Emmaüs va lui trouver une place en CHRS à Epinay sur Orge et lui décrocher un CDDI (Contrat à Durée Déterminée d’Insertion) chez Emmaüs Défi.

Un an après son arrivée, Anton se dit très content de son travail à l’atelier textile d’Emmaüs Défi : « On est indépendant, on a de l’argent, et  les responsables et les collègues sont gentils (…). Emmaüs m’a aidé énormément : j’ai obtenu des droits sociaux, une maison. ». Anton prépare aujourd’hui un concours pour devenir agent technique polyvalent dans les écoles maternelles. Un avenir qui s’éclaircit enfin.